Les sept péchés capitaux sont considérés, dans le christianisme, comme les pires des traits à avoir. Dans cette liste de défauts à éviter se distingue l’orgueil, dont découleraient les six autres. Il était attribué à Lucifer, le pire des démons, et est lié à l’hybris grec. Ses différents aspects sont aussi captivants qu’instructifs.
Hubris
Dans la mythologie grecque, l’hybris, le fait d’être arrogant au point de se croire meilleur que les dieux, mène tragiquement à la mort les protagonistes de certaines histoires. Par exemple, Sisyphe, un roi de l’ancienne Corinthe, avait réussi à enchaîner Thanatos, dieu de la mort, afin de ne pas devoir mourir. Quand les autres dieux s’en sont rendu compte, ils ont facilement délivré Thanatos et accordé un dur châtiment au roi. Il a été condamné à rouler un rocher jusqu’en haut d’une montagne, mais chaque fois que la pierre allait arriver au sommet, elle redescendait tout en bas, et le Corinthien devait recommencer, jusqu’à la fin des temps. Beaucoup d’autres mythes, trop pour les nommer tous, avertissent des dangers de l’hybris. Les Grecs avaient une déesse pour punir ceux coupables de cela, Némésis, également déesse de la vengeance et de la punition divine.
L’orgueil dans le christianisme
Mais l’hybris et l’orgueil ne sont pas tout à fait la même chose. L’hybris (ὕϐρις en grec) est la version poussée à l’extrême de l’arrogance, tandis que l’orgueil (μεγαλοψυχία en grec) est moins négatif, et même nécessaire et positif, sauf dans l’abus. Par contre, dans le contexte des sept péchés capitaux du christianisme, l’orgueil cause l’oubli ou l’abandon de Dieu et des autres au profit de soi-même. L’hybris serait donc une catégorie de ce trait. Une autre serait la vanité, l’envie de faire naître chez les autres un sentiment qu’on leur est supérieur.
Une des façons de cette religion d’avertir de ses conséquences était avec Lucifer, l’ange déchu. Il s’était rebellé contre Dieu lui-même, et était tombé en punition jusqu’en enfer. Il représentait l’orgueil en se croyant meilleur que Dieu, et les autres péchés capitaux sont venus de cela.
En effet, la gloutonnerie, la luxure et l’avarice, où il s’agit, en résumé, de prendre plus qu’il n’en faut, peuvent être évitées en étant humble. On se dit alors qu’on ne mérite pas ces ressources plus que les autres, et ces traits négatifs n’ont plus de raison d’être. Même chose pour la paresse et la colère, où, en résumé, on oublie que Dieu existe au profit, dans le premier de ne rien faire, et dans le deuxième, de ne faire que de la destruction. Tous les péchés viennent de l’oubli et de l’abandon de Dieu au profit de soi-même, ce qui est quasiment la définition de l’orgueil.
La seule exception serait l’envie (dans le sens de la haine envers le bonheur des autres) considérée autrefois comme la véritable source du mal, si l’on interprète l’histoire de Lucifer dans le sens qu’il était envieux de Dieu, et non se croyait meilleur. En effet, bien que l’envie constitue un délaissement de Dieu, d’où ce trait est un péché capital, il ne fait rien pour celui qui le ressent. Son but est la destruction d’autrui, mais au lieu d’être dans le but de se venger, comme pour la colère, c’est “juste” parce que l’autre a de quoi être détruit, quelque chose de plus que soi, mais qui ne nous reviendra pas forcément. Mais alors, comment l’orgueil pourrait-il être la source de l’envie ?
Vanité
Heureusement, un auteur sanctifié répond à cette question. Saint Thomas d’Aquin dit que l’envie vient de la vanité (dans le sens de la “vaine gloire”), un des sept péchés capitaux d’origine. La vanité est le fait de se voir meilleur qu’on ne l’est par ses bonnes actions, et de les faire dans le seul but d’être admiré. L’envie vient de la vanité parce que le vaniteux craint qu’un autre soit meilleur/ait plus que lui, car, à l’intérieur de sa tête, ce sera cet être menaçant qui aura l’admiration des autres. La vanité n’est plus considérée comme un péché mortel, mais comme une catégorie de l’orgueil par le pape Grégoire le Grand, dans le sixième siècle. En conséquence, tous les autres péchés capitaux viennent de l’orgueil selon cette logique.
Toutefois, vous êtes libre d’interpréter les péchés mortels comme vous le souhaitez, l’orgueil n’est pas toujours considéré comme le pire d’entre eux, bien qu’il le soit dans la plupart des ouvrages.
Sources :
Sources anciennes :
La cité de Dieu par Augustin d’Hippone (Saint-Augustin), livre XIV
Somme Théologique par Saint Thomas d’Aquin, partie II de la deuxième partie, question 36, article 4
La Bible, Isaïe 14:12-15
Dictionnaire infernal par Collin de Plancy