Critique littéraire : Circé, de Madeline Miller (15+)

Deuxième best-seller d’une autrice mythique, ce roman reprend les qualités du précédent, le célèbre Chant d’Achille, sans se répéter pour autant. 

Dans le palais du roi Hélios, naît un jour une jeune nymphe, fruit de l’union du soleil avec Persé. Mais dès son plus jeune âge, la petite déesse est moquée par les autres enfants divins : trop effacée, laide, sans éclat, peu stratège… sans compter son curieux intérêt pour les mortels. Lorsqu’un jour, éprise d’un homme, elle se révèle sorcière, Zeus et les Olympiens décident de l’exiler sur une île, sans autre compagnie que ses pouvoirs. Mais n’était-ce pas ce dont elle avait toujours rêvé ? Sans le regard et le jugement des autres immortels sur elle, Circé s’affranchit enfin, jouissant d’une liberté quasi totale. 

De temps à autre, des mortels viennent troubler son quotidien, pour le meilleur ou le pire. La déesse tombe amoureuse de certains d’entre eux ; mais elle reste impuissante face au temps qui passe et lui ravit ses amants. Cependant, devenue mère d’un fils mortel, elle se promet de changer les choses… 

J’ai énormément apprécié ce livre. Madeline Miller parvient une fois de plus à dépoussiérer les grands mythes. On pense lire un livre, alors qu’en réalité on s’instruit sur ces récits légendaires. De nombreux professeurs de latin-grec pourraient réellement s’inspirer d’extraits de Circé afin d’introduire certaines notions culturelles dans leur cours. Tout est décrit avec une précision documentaire, et on fait confiance à l’expérience professionnelle de l’autrice (elle-même professeur de latin-grec) pour ce qui est du recoupement des sources. 

Le choix de l’héroïne apporte également une touche de modernité à l’histoire. En effet, dans ce type de romans, on a l’habitude des points de vue exclusivement masculins, avec peu de protagonistes féminins. Ici, on nous présente une déesse indépendante qui choisit ses amants, élève seule son fils, et est dotée de pouvoirs tantôt redoutables ou merveilleux. Circé, c’est aussi une femme puissante et intrépide : elle ose provoquer les dieux, se défendre (de façon assez sarcastique) face à des agresseurs, et affronter ses ennemis. Badass, quoi. 

J’ai également trouvé très intéressante la relation qui va se nouer entre Circé et son fils, en particulier une fois celui-ci adolescent. Nombreux pourront d’ailleurs s’y reconnaitre, car le dilemme parent-enfant présenté est assez classique. Pour la décrire sans en dire trop, Télégonos souhaitera voguer vers d’autres horizons que celui de sa mère ; celle-ci, désespérée et désamparée, aimerait au contraire le garder plus longtemps à ses côtés.

 Je le conseillerais cependant à des lecteur.ice.s âgé.e.s de 15ans et plus, une scène de viol étant décrite.  

Le livre est relativement long (incontournable au vu de la grande longévité de la protagoniste) mais ne devient pas ennuyeux pour autant. Les péripéties s’enchaînent au bon rythme, ni trop rapide ni trop lent. Il faut tout de même compter environ 550 pages (attention, n’envisagez pas ce livre comme un roman de gare bon à passer le temps). Pour vous encourager, sachez simplement que la fin vaut le coup et clôt parfaitement le récit. (A moins que vos professeurs ne vous l’aient déjà spoilée…)

J’espère personnellement que Madeline Miller écrira encore de nombreux romans dans ce genre. Qui sait, peut-être y a-t-il un soupçon de magie dans sa capacité à rendre si passionnante la mythologie grecque ? 

Cam. D

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