Critique littéraire : Toutes les vies, de Rebeka Warrior

Il y a peu, la chanteuse du groupe d’électro franco-allemand KOMPROMAT a sorti son premier livre, une autofiction qui fait sensation. Avis aux plus sensibles : passez votre chemin. 

On connaissait surtout Rebeka Warrior pour sa musique au sein de plusieurs groupes successifs: Sexy Sushi, Mansfield.TYA et dernièrement Kompromat, un duo avec le musicien Vitalic. La DJ était restée relativement discrète sur sa vie privée jusqu’alors, c’est pourquoi la sortie de ce premier roman fait l’effet d’une bombe. 

Le livre relate l’histoire d’une guerre sans merci pour la guérison, puis d’un cheminement personnel. En 2015, la compagne de Rebeka, Pauline, apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. La maladie en est déjà à un stade avancé et le combat pour guérir sera rude. On suit le parcours du couple dans toute sa complexité, entre amour fou et tensions fréquentes. Au milieu de cette tempête de douleurs physiques et psychologiques, Rebeka découvre le bouddhisme et s’y raccroche comme à une bouée capable de les sauver toutes deux. 

La tumeur aura-t-elle raison de deux destinées ? 

Âmes sensibles, s’abstenir ! Le livre débute de façon relativement innocente, plutôt drôle pour être honnête. Rebeka Warrior glisse entre son récit et des passages de ses journaux intimes des extraits de Rousseau, Sartre, de Beauvoir ou Hervé Guibert, pour ne citer que ceux-là. Ses commentaires sur sa vie et celle des auteurs prennent souvent un ton humoristique. Au fur et à mesure que les pages défilent, les passages philosophiques deviennent plus fréquents et l’écriture plus brutale. L’histoire est merveilleusement bien écrite, un peu trop bien même car les réalités de la maladie prennent le.a lecteur.ice à la gorge. Les mots sont sans détour, violents par leur sincérité. 

Les protagonistes entament avec nous une longue descente aux enfers, inarrêtable. On croit souvent avoir atteint le pire scénario mais non, la suite nous attend. Il ne faut pas hésiter à interrompre sa lecture par instants lorsque le récit vient trop nous miner le moral, voire à refermer définitivement le livre si cela devient trop dur. 

On s’attache au couple et leurs galères nous touchent comme si on y était. L’histoire est entrecoupée de chansons ou de poèmes inachevés, reflétant l’état d’esprit de l’autrice. Quand Rebeka tombe en dépression, aux limites de la folie, on sombre avec elle. Si on parvient à la fin, on ne peut que la saluer pour son courage, sa persévérance, ou simplement d’être encore en vie. 

Pour conclure,  le talent de l’autrice est indéniable, car il nous projette quelque part entre un couloir d’hôpital et un club électro. Cependant, je déconseillerais personnellement ce roman à toute personne touchée de près ou de loin par le cancer, ou bien peu adepte des récits assez crus et directs. En revanche, si vous cherchez dans vos lectures des émotions fortes et des lignes bouleversantes, ce livre est définitivement fait pour vous. 

Cam D.

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