Famous Renaissance painting by Raphael depicting various philosophers in a classical setting.

Philo des ignares : semaine 2

Trop souvent, on entend des soi-disant philosophes penser par ouï-dire. Trop souvent, la pure connaissance historique et culturelle prévaut dans une argumentation sur la pensée bien orchestrée, tout simplement parce que la première est plus pompeuse, plus impressionnante, plus déroutante aussi. Pourtant, la philosophie n’est-elle pas, littéralement, l’amour de la sagesse ? Ne devrait-on donc pas accorder plus d’importance à un développement d’opinion personnel plutôt qu’à une paraphrase bien menée ? Aussi, l’idée de cette rubrique hebdomadaire est de proposer une question philosophique à laquelle l’idéal serait de répondre en utilisant comme source ses uniques convictions. Laissons Socrate, Aristote, Kant et toute leur suite dans leur salon de discussions, et créons celui des « ignares », c’est-à-dire celui des esprits non corrompus par les idées d’autrui…

L’homme est-il un moyen de production avant d’en être le but ?

La linéarité capitaliste a-t-elle un sens ?

Durant l’exode rural qui caractérisa la révolution industrielle, de nombreux paysans devinrent ouvriers ou mineurs dans les usines naissantes et exploitations rocheuses. Ces travailleurs composèrent vite les bases du système industriel capitaliste, dans lequel le moyen de production appartient à un homme, qui en emploie d’autres pour le faire fonctionner. Ce système nous semble aujourd’hui évident, tant il fait partie intégrante de notre quotidien. C’est parce que toutes les sociétés du monde sont basées sur des systèmes plus ou moins capitalistes. Mais il n’en a pas toujours été ainsi ; fut un temps où l’outil, le moyen de production, appartenait à l’ouvrier. Maintenant que, dans l’écrasante majorité des circonstances, ce n’est plus le cas, nous sommes en droit de nous demander si l’ouvrier n’est pas lui-même devenu moyen de production. Et, le cas échéant, s’il est juste que l’humain, qui devrait profiter de la production, en soit l’outil. Est-ce juste qu’un humain soit sur une liste comportant entre autres des machines, figurant comme un égal parmi elles, créant ainsi une linéarité hiérarchique, allant de l’ouvrier de base au chef d’entreprise ? Investir dans l’homme signifie-t-il investir dans la production industrielle, et non dans le bien-être de l’humain ? Toutes les opinions sont permises, et fermons l’exposé pour ne laisser place qu’à la dialectique dans les commentaires ! Débattez, apprenez, enseignez !

N’hésitez pas à nous faire part de votre avis dans les commentaires. 🙂

Vous pouvez également proposer des thèmes / questions.

5 réflexions sur “Philo des ignares : semaine 2”

  1. Tout d’abord, même si c’était injuste qu’un homme soit un outil pour l’homme, il reçoit quelque chose en échange : un salaire. Et l’argent n’est qu’une façon abstraite de symboliser l’échange de ressources, d’objets ou de services bien concrets. Donc, au total, lors de la production, il ne s’agira toujours que d’un homme qui donne pour recevoir d’un autre homme qui donne pour recevoir.

    On peut essayer d’améliorer le système, en tout cas, mais le remplacer par un autre « plus juste », comme ce qui a été essayé pour le communisme (pourtant utopique en théorie) a mené dans la plupart des cas à un progrès beaucoup moins prononcé de l’humanité, voire à de la cruauté, de la misère.

    Essayer d’amener le bien-être de l’humain est une chose idéale, et à viser absolument. Par contre, c’est également un but complexe, difficile, et quasiment impossible à mener sur une échelle universelle. La meilleure solution, jusqu’à présent, est de tout miser sur le progrès économique et scientifique, car si on tend vers une abondance de ressources et de sagesse, de technologie, on pourra alors distribuer équitablement et veiller l’un sur l’autre. Il faut faire les choses dans le bon ordre, donner des quantités dérisoires à une personne dans le besoin ne sert quasiment à rien, alors que réinvestir cette quantité dans la société, en se mettant à l’oeuvre pour tous, et une manière de contribuer à un futur meilleur pour tous. Des centaines de millions de personnes sont dans le besoin maintenant, et les aider paraît la seule bonne option, mais il faut toujours d’abord veiller à soi, puis donner à l’autre. Les descendants des personnes dans le besoin atteindra les milliards de milliards dans le long terme, et à un moment, tous le monde pourra profiter de la richesse des uns des autres.

    L’ouvrier qui travaille pour un autre est une étape de non-retour face à une telle densité de population de nos jours. Revenir à l’homme chassant pour lui-même est une tâche ardue, mais possible, oui. Et aujourd’hui encore, on peut le faire : devenir ermite dans les plaines de Mongolie (c’est un exemple, on pourrait faire de même à Singapour, bien que plus difficilement). Mais cela nous priverait d’une chose qui fait que notre société est aussi florissante qu’elle l’est : notre capacité à travailler ensemble. Les humains, en formant une chaîne du petit employé jusqu’au Big Boss, forment un tout bien plus grand que la somme de ces composantes : comme les organites dans la cellule, comme les cellules dans l’organe, comme les organes dans l’organisme, les organismes se mettent ensemble pour former une fourmilière sophistiquée et avancée si bien que bien qu’ils aient pu se perdre eux-mêmes, leur âme et leur corps, leur personnalité et leur originalité, le résultat final est un être vivant en lui-même, beau et puissant.

    1. Leonardo Portacolone

      Peut-être est-il vrai que l’amélioration des conditions de vie d’un individu unique est dérisoire, car elle ne limite pas les dommages que subit l’ensemble de la société, mais il est sûr qu’un entre-deux existe : ce n’est pas parce qu’un homme n’a que peu de poids face à l’ensemble de l’humanité que la vie de cet homme n’a pas d’importance, car alors nous pourrions avoir le même raisonnement pour tous ; seulement, la vie de cet homme ne doit pas être traitée comme un cas particulier, mais comme une généralité. Effectivement, bien que les situations diffèrent, des points communs peuvent être distingués dans une majorité de ces situations, et les traiter comme un tout peut avoir un impact sur les conditions de travail de chaque individu.

  2. L’homme est devenu un simple outil de production avant d’en être le but parce que notre économie cherche d’abord la rentabilité. Aujourd’hui, on évalue un travailleur sur ce qu’il rapporte, et on le place sur la même liste que les machines. Cette organisation n’a aucun sens si notre but dans la vie est d’être heureux et libres : elle nous oblige à sacrifier notre temps pour l’argent plutôt que d’utiliser l’économie pour mieux vivre. C’est pour cela qu’il est injuste de traiter un humain comme un simple rouage interchangeable. Enfin, quand les entreprises disent qu’elles investissent dans l’humain, c’est surtout pour améliorer l’efficacité du travailleur, et non pour son bonheur personnel. Le système a simplement inversé les rôles : l’homme ne se sert plus de l’économie pour vivre, il vit pour faire tourner l’économie.

    1. Car le but d’une corporation est avant tout le profit. Si l’on recherchait le bonheur de l’homme avant tout, on gagnerait beaucoup moins d’argent, menant à beaucoup moins de bonheur dans le long terme (car, bien que l’argent ne fasse pas le bonheur, son manque crée, lui, le malheur !).

      Traiter l’humain comme un rouage interchangeable est en effet injuste, mais peu de compagnies le font réellement, avec toutes les législations instaurées (en Belgique, notamment).

      Aussi, pour le « l’homme est esclave de l’économie alors que ça devrait être l’inverse » : il s’agit en réalité d’un mélange des 2 : rien ne se perd, rien ne se crée : l’homme se donne à l’économie qui le soutient. Tout est en harmonie et en symbiose ainsi.

      Le bonheur a l’air d’être la valeur à viser à tout prix, mais il ne s’agit que d’un but parmi d’autres. Perdre un peu de bonheur (ou plutôt, ne pas l’avoir comme but momentanément) en échange de stabilité (économique, mais plus générale également) et donc de sécurité et de tout ce qui va avec est extrêmement avantageux.

      Pour terminer, il vit pour faire tourner une économie, oui, mais cette économie, loin d’agir seulement grâce et envers lui, bénéficie tous les moins fortunés. Dans un pays riche, même les sans-abri sont plus en sécurité que les puissants des pays en économie dérisoire (c’est une énorme hyperbole, mais elle fait bien passer le message).

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