Pourquoi je glande ? Nul ne s’est surpris un jour à se poser cette question. Pourquoi je glande ? Qu’est- ce qui fait que nous ne faisons rien ? Pourquoi tant de temps vide ? Certes, les psychologues et psychiatres s’accordent pour dire que l’ennui est bénéfique. Il permet un foisonnement d’idées qui n’a lieu à aucun autre moment. Mais ce n’est pas de l’ennui que traite cet article. C’est du “glandage”. Mais qu’est-ce ?
Il arrive à tous de se coucher en songeant aux innombrables projets que l’on a, aux innombrables choses que l’on voudrait faire. L’on se dit carrément que le temps nous manque, qu’il nous faudrait des journées de vingt-huit heures afin d’amener à bon port chacun de nos projets. Mais voilà, le jour suivant, l’on se surprend à ‘scroller’, à jouer à des jeux débiles, à contempler d’un œil vitreux un écran vide de sens. Est-ce là l’ennui bénéfique dont parlent les psychologues ? Certainement pas. Nous sommes ici en présence d’un authentique, d’un pur “glandage”, dans les règles de l’art.
C’est un comportement étrange que celui de “glander” ; en effet, comme je l’ai déjà mentionné, le temps nous manque. Pourquoi lui retrancher une part aussi précieuse ? Pourquoi ne pas occuper nos heures perdues à élever nos esprits, à exécuter les projets prévus, à prendre l’air, à réfléchir, à s’ennuyer même ?
Il est indéniable que les écrans jouent un rôle prépondérant dans cette attitude. Ils ne sont certes pas les uniques responsables, mais jouent un rôle central dans notre “glandage”. Non pas parce qu’ils nous incitent à “glander”, mais parce qu’ils empêchent l’ennui, ou toute autre mise en pratique. Ils sont en quelque sorte une barricade dressée entre notre temps libre et les activités dont nous voudrions jouir : avant même de se mettre à l’œuvre, notre regard se pose sur notre ordinateur, notre téléphone. Une notification s’affiche. L’on se fait happer par le flux interminable de vidéos, de messages, etcaetera. C’est alors le début de la fin : on ne ressort du cercle vicieux qu’une heure plus tard, lorsqu’il est désormais temps de s’attabler, en tout cas d’exécuter une tâche “néceéssaire”. L’on se rend alors compte que, non seulement nous venons de perdre l’occasion de faire fructifier le temps comme nous l’entendons, mais qu’en plus nous sommes passés à côté d’un impératif, que ce soit un devoir ou un compte-rendu ou une réponse à l’employeur ou que-sais-je-encore-d’autre.
Cependant, comme je l’ai mentionné, les écrans ne sont pas la cause de la désoccupation, ils sont simplement le moyen le plus simple de remplir facticement cette désoccupation. Mais alors, d’où vient l’épanchement d’heures gaspillées sans remplissement nouveaule fait que certaines heures se vident sans se remplir à nouveau ? ÀA mon sens, l’explication se trouve dans le que-sais-je-encore-d’autre précédemment usité. Souvent, cet impératif est une tâche ingrate, bien lointaine du projet auquel nous avons pensé le soir précédent. Subconsciemment, nous voulons nous en éloigner. Nous procrastinons, mais sur une période “primitive” allant de dix à cent secondes. Durant cette période primitive, il nous est permis de penser à notre soif de projet, d’heures bien employées. Simplement, l’idée de l’impératif est présente. Cette idée, sempiternelle, implacable, se cache au derrière de chacune de nos pensées. Elle nous empêche d’entreprendre un travail requérant du temps, car elle nous rappelle que ce temps, nous ne l’avons toujours pas, pas avant d’avoir exécuté la corvée. Cette réflexion, qui est tout à fait inconsciente, se déroule en quelques fractions de seconde. Vient alors la certitude que le “projet” ne peut être entrepris. Cependant, à ce moment, la conscience est encore en période de procrastination “primitive” ; ne pouvant pas se mettre au travail en ce qui concerne nos envies, mais encore, pour quelques secondes, répugnant l’idée de se mettre au travail en ce qui concerne nos impératifs, la conscience se jette sur la première chose permettant d’éviter les deux à la fois, c’est à dire la trop grande occupation de temps et la nécessité d’exécuter la tâche : le téléphone. Nous entrons alors dans la boucle infinie.
Ainsi, nous pouvons distinguer l’ennui et le “glandage” : l’un est constructif, et n’a pas lieu par la faute de deux nécessités opposées, mais grâce à un véritable besoin ; l’autre n’est qu’un frêle expédient permettant de creuser une galerie branlante entre les deux nécessités.
En somme, prémunissez-vous : restez à l’affût du “glandage”, évitez de rassembler tous les ingrédients nécessaires à son apparition, et vous aurez autant d’inspiration, et vous ferez autant de grandes choses que d’autres l’ont fait avant vous.
P. L.
