Trop souvent, on entend des soi-disant philosophes penser par ouï-dire. Trop souvent, la pure connaissance historique et culturelle prévaut dans une argumentation sur la pensée bien orchestrée, tout simplement parce que la première est plus pompeuse, plus impressionnante, plus déroutante aussi. Pourtant, la philosophie n’est-elle pas, littéralement, l’amour de la sagesse ? Ne devrait-on donc pas accorder plus d’importance à un développement d’opinion personnel plutôt qu’à une paraphrase bien menée ? Aussi, l’idée de cette rubrique hebdomadaire est de proposer une question philosophique à laquelle l’idéal serait de répondre en utilisant comme source ses uniques convictions. Laissons Socrate, Aristote, Kant et toute leur suite dans leur salon de discussions, et créons celui des « ignares », c’est-à-dire celui des esprits non corrompus par les idées d’autrui…
La mondialisation exige-t-elle une perte identitaire ?
Où se trouve la frontière entre l’échange interculturel et la disparition des différences interculturelles ?
Maalouf nous avertit depuis trente-huit ans déjà avec “Les identités meurtrières”, “Le dérèglement du monde” et “Le naufrage des civilisations”, que nous assistons à un changement radical du monde. Une ère durant laquelle celui-ci évolue – ou régresse, c’est selon – pour afficher un visage toujours plus monotone et conformiste. Mais Maalouf n’est ni le premier, ni le dernier à s’en rendre compte. Déjà, Pouchkine, dans “Le Nègre de Pierre le Grand”, semble plutôt faire une description mi-satyrique, mi-humoristique de l’européanisation prônée par le Czar Pierre, que la narration de la vie d’Ibrahim Hanibal, arrière-grand-père de l’auteur. Déjà, au début du dix-huitième siècle, les Russes s’inquiétaient de voir leur rapprochement avec l’Europe se transformer en un lynchage des coutumes et traditions ancestrales, au profit d’une conformisation globale. Déjà, après les campagnes d’Égypte, le Sultan s’inquiète de voir son armée se mettre à la mode européenne. Déjà, dans l’après-guerre, les Chinois voient leur architecture traditionnelle se transformer en l’apologie du building, pour devenir ce qu’elle est à présent. Déjà, aujourd’hui, nous, Européens, voyons nos langues, nos us, nos gastronomies, nos littératures, prendre une saveur américaine, et nous nous inquiétons de voir se profiler dans notre horizon ce que nous avons profilé dans celui de tant de puissances colonisées. Mais la mondialisation permise par l’internet n’a-t-elle pas porté à un bouillonnement intellectuel sans pareil, permettant des échanges interculturels jamais advenus ? Aussi, il est de notre devoir de nous questionner : à quel moment la mondialisation cesse-t-elle de faire connaitre une autre culture, pour transformer cette autre culture ? À quel moment une identité nationale ploie sous une autre, après avoir longuement enrichi et été enrichie par le même mécanisme ? Toutes les opinions sont permises, et fermons l’exposé pour ne laisser place qu’à la dialectique dans les commentaires ! Débattez, apprenez, enseignez !
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Semaine 1 – Une chose payée vaut-elle la peine d’être consommée à contre-cœur ?
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